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Génération Médiateurs prend la violence à bras le corps
La violence à l’école touche tous les pays du monde. En mars dernier, l’Unesco organisait une conférence mondiale sur le thème : “ Violence à l’école et politique publique ”. Comment lutter contre les insultes, les chahuts, les incivilités, les agressions physiques qui ne cessent de croître chaque année ? En France, l’association “ Génération Médiateurs ” s’est engagée sur ce terrain depuis neuf ans avec ses méthodes.

Patricia Laffon, vice présidente

Bagarres, rackets, agressions... la violence à l’école a toujours été présente mais elle n’a cessé de croître ces dernières années. Une enquête réalisée à l’occasion des états généraux des lycéens d’Ile-de-France en mai dernier a révélé que 45 % d’entre eux affirment avoir été violentés dans leur établissement. Et jusqu’à 77 % des lycéens signalent avoir été témoins d’actes de violence.
Les derniers bilans de l’éducation nationale montrent que si les cas signalés aux rectorats par les établissements scolaires ont légèrement régressé en 1999-2000 par rapport à l’année précédente, leur gravité s’est accrue. Les dégradations, les vols, consommation de drogue et le port d’armes sont à la hausse. Une violence traitée largement par les médias et qui inquiète. Certains ont décidé d’agir à leur niveau. C’est le cas de Babeth Diaz et Brigitte Liatard, professeurs d’anglais et d’histoire géographie dans un collège de Sarcelles et fondatrices de l’association Génération Médiateurs. Pendant une quinzaine année, elles ont observé cette montée en puissance de la violence. Parallèlement, elles se sont intéressées à des méthodes psychologiques comportementales utilisées aux Etats-Unis et au Canada pour faire face à la violence et adaptées au contexte scolaire. Elles participent à des stages qui les conduisent à élaborer un parcours de formation en huit étapes. “ Leur objectif était de tenter d’impliquer les jeunes dans la prévention de la violence, en formant à la médiation des élèves volontaires ”, explique Patricia Laffon, vice présidente de l’association et ex-enseignante d’anglais. Dans un premier temps, leur chef d’établissement est plutôt sceptique face à leur projet d’atelier de formation. Mais elles persistent…

La médiation : jamais à chaud !
Leur formation permet de responsabiliser les élèves, de leur donner la possibilité de parler, d’être écoutés dans un climat de respect, de confiance et de confidentialité. (Lire encadré : une méthode ludique). “ En une quinzaine de séances d’une heure par semaine étalées sur trois ou quatre mois, les élèves qui participent aux ateliers ont la possibilité de devenir médiateur ”, souligne Patricia Laffon. Un rôle qu’ils peuvent jouer dès l’âge de 9 ans. Toujours par deux, ils se promènent dans la cour de récréation et proposent leur services à ceux qui en ont besoin. Une salle est à leur disposition pour “ médier ” mais jamais à chaud.
En un an, Babeth Diaz et Brigitte Liatard obtiennent des résultats qui les amènent à intervenir dans d’autres établissements de la région parisienne. Dès 1994, elles décident de former de nouveaux formateurs. Il s’agit de permettre à des adultes dans les établissements de former eux mêmes les jeunes. Aujourd’hui, Génération MédiateurS intervient dans des dizaines de lycées et collèges privés et publics et organise des stages à la demande des chefs d’établissements. Et ça marche. « Parmi les élèves volontaires à la formation, il peut toujours y avoir un jeune « caïd » qui continue à jouer les gros bras. Mais c’est rare. On découvre des jeunes qui ont un potentiel extraordinaire pour aller vers autrui et aider », affirme Patricia Laffon. Avant d’ajouter : « Les jeunes de cm2 ou de 6ème sont ceux qui s’investissent le plus avec des résultats étonnants. Plus on intervient sur une population jeune, plus ils sont réceptifs aux messages ». Le collège Frédéric Mistral de Lunel fait partie des établissements qui ont mis en place la médiation depuis 1997. Une évaluation des actions de médiation par les élèves a été réalisée pour tenter d’améliorer le fonctionnement. Sur l’année scolaire 1999-2000, plus de 100 médiations ont été réalisées. De quoi s’exprimer. Selon la majorité des médiateurs, l’ambiance générale du collège a changé (en bien) et leur rôle de médiateur est globalement plutôt bien perçu par leurs camarades. Et si ces jeunes médiateurs interviennent au sein de leur établissement, ils leur arrivent aussi de régler des problèmes à l’extérieur. « Les cas sont fréquents où l’on nous rapporte qu’untel à régler un accrochage familial ou entre voisins », raconte-t-elle. La plupart des élèves médiateurs reconnaissent que ce rôle a changé quelque chose en eux. « Je pense plus aux sentiments des autres élèves », reconnaît cet élève. Ou « quand ça chauffe avec une amie, je pense toujours à la médiation et en fin de compte ça s’arrange », souligne une autre. « Notre objectif est de faire entrer dans un collège une culture médiateur. Ce type de témoignage nous prouve que c’est possible », affirme Patricia Laffon.
L’action de Génération Médiateurs est à retenir car, selon l’association, il n’existe pas d’initiative vraiment comparable à la leur. Si ce n’est des actions de recherches du CNRS. Le sujet était d’actualité il y a quelques jours au congrès de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public à Saint-Etienne où le président de la République déclarait: « le problème de la violence est à mes yeux un des plus graves, parce que l’insécurité est la première des inégalités ». Avant d’ajouter : ce n’est pas une fatalité ». Il semble urgent que ce problème n’occupe pas uniquement l’écran cathodique rubrique faits divers…

Quelques chiffres :
220 000 incidents ont été recensés dans les collèges et lycées en 2000.
3% correspondent à des faits graves, notamment des agressions sur des personnes. (Sources Fondation pour l’Enfance)

Autres chiffres selon l’étude réalisée à l’occasion des états généraux des lycéens d’Ile-de-France.
45 % des lycéens franciliens ont été victimes de violence.
60% pour des insultes suivies de coup (40,33%).
18,85% ont été rackétés.
21% des lycéens avouent avoir déjà eu un comportement violent
21,57% affirment avoir agi sans aucune raison.
83% des élèves déclarent ne pas avoir dans leur établissement d’assistante sociale.
72% des élèves veulent la création dans leur établissement d’un comité contre la violence.

mardi 25 septembre 2001

Génération Médiateurs
27 bd St Michel
75005 Paris.
Tél/Fax :
01 56 24 16 78
E-mail :
gemediat@club-internet

Président d'honneur André de Peretti


FORMATION :
UNE MÉTHODE LUDIQUE
Au travers de jeux de coopération, d’exercices d’observation, de questionnement, d’exercices d’écoute active, de mise en situation, de jeux de rôle, les jeunes apprennent à poser un regard positif sur l’autre et sur eux-même. Ils se mettent à l’écoute, acceptent que l’autre ait un point de vue différent. Ils expriment et décodent toutes les émotions et les sentiments. Ils communiquent ensemble dans un climat de confiance en toute discrétion. Génération Médiateurs leur apprend à prendre la parole et à réfléchir sur les mécanismes des conflits.


Qu’est ce qu’un médiateur ?
> Un médiateur est celui qui renoue une communication arrêtée entre deux partenaires et qui les aident à trouver une solution satisfaisante pour les deux, sans perdant, ni gagnant. Le travail du médiateur est de rétablir la communication. Il est un passeur et sait transformer le conflit en énergie positive. Il sait questionner, écouter, reformuler. Il intervient selon trois grands principes : confidentialité, respect, écoute.

A quand l’agrément?
> Les fondatrices de l’association sont actives sur le terrain de la médiation depuis 1993, et ont créé leur structure en 1999. Aujourd’hui, elles souhaitent développer encore plus largement leur action. Pour les aider dans leur démarche, elles ont fait une demande d’agrément auprès de l’Education Nationale. Un agrément qui permettrait aux établissements dans lesquels elles interviennent de bénéficier des fonds nécessaires au financement des formations. Les stages durent trois jours. Et à 3500 francs la journée, la facture est lourde pour certains.

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