FORUM
Pour un centenaire authentique
Pierre-Patrick Kaltenbach
Président des Associations familiales protestantes, président du Comité de certification des organismes faisant appel à la générosité publique (BVQI). Livre à paraître, aux Éditions de Paris-Max Chaleil : De la fracture morale à limpasse politique (sous-titre : « Pour sortir de lhorreur politique »)
es sociologues, longtemps réticents, doivent se rendre à lévidence, il existe en France non point un mais trois « peuples associatifs » qui nont de commun que le statut.
Cest dabord le patronat des employeurs associatifs «subventionnaires » et marchands : soit, selon les statistiques distribuées au compte-gouttes par le secteur public, 26 000 organismes employant 10 salariés et plus.
Cest ensuite le salariat associatif précaire soit environ un million de personnes à temps plein.
Cest enfin le peuple solidaire, stricto sensu, denviron six millions de donateurs et bénévoles. Or la fracture est sans fond entre les 26 000 « grandes surfaces » et limmense majorité des gagne-petits, soit plus dun million dassociations.
Cest dire que le centenaire de la loi de 1901 survient opportunément, un an avant lélection présidentielle, pour que lopinion comprenne ce que sa classe publique a fait en un siècle dune loi de liberté, de gratuité et de laïcité.
Car de lassociation célébrée comme fondatrice de la démocratie, nos dirigeants avaient réalisé à lorigine un expédient anticlérical puis, à partir de 1975, en ont fait un expédient administratif et marchand : loutil de prédilection dun État-providence obèse et opaque qui gère ainsi des milliards de fonds publics, dactivités marchandes et de prestations diverses. La protestation de ces milieux contre «lultralibéralisme sauvage » vise donc surtout à refuser la transparence des comptes, la responsabilité de la gestion, ainsi que la participation et les contrôles du peuple tels quils sont pratiqués dans les pays anglo-saxons.
Comble du paradoxe cest cette dérive même qui risque dêtre officiellement commémorée tout au long de cette année 2001. Et ce à grands frais, avec de nombreuses proclamations consensuelles effectuées sous prétexte de lutte pour la justice, contre le chômage et lexclusion, ou au profit de la jeunesse, du tiers monde ou du tissu social. Heureusement, les conditions de la dépense publique attisent aujourdhui le débat politique. Porteurs de pratiques associatives désintéressées, les militants familiaux vont se trouver au centre de la demande de transparence sur les subventions et les activités marchandes. Ce faisant, parce que libres bénévoles, familles et associations authentiques se trouveront au premier rang de la longue marche qui ramènera la France politique à la démocratie financière, après trois décennies de sinistre. Puissent famille, association et République sunir, en ce centenaire, pour rappeler la vertu aux professionnels dune classe publique qui sétait autoproclamée « génération morale », au moment même où la dégradation de la morale publique atteignait un niveau sans précédent.
Deux programmes permettront aux associations familiales danimer ce mouvement dassainissement : au plan national dabord, avec le soutien à la procédure de « certification » lancée en octobre 1995 par les Associations familiales protestantes et mise en oeuvre, fin 2000, par de grandes associations faisant appel à la générosité publique : ARC, Armée du salut et Téléthon. Au plan local ensuite, en profitant de la loi davril 2000 sur la communication des comptes «subventionnaires » par linterpellation des élus et sur le coût, lefficacité, la transparence et le désintéressement des principales associations bénéficiaires daide publique à loeuvre dans les circonscriptions de ces élus.
Un cahier de doléances et de propositions de réforme sera établi cette année, à lattention des candidats aux élections législatives et présidentielle, en sorte que soient mis hors la loi de 1901 ceux qui nont rien à y faire : à savoir le pouvoir et son prince, largent, les partis, les « féodaux » divers et les corporations. Par ces actions de «gouvernance civile », cest la société elle-même qui aidera notre démocratie à surmonter la crise morale et politique qui affecte sa classe publique.

|
|
Que soient mis hors la loi de 1901 ceux qui nont rien à y faire : à savoir le pouvoir et son prince, largent, les partis, les «féodaux » divers et les corporations
|