FORUM
Laissons vivre les associations !
Jean-Michel Belorgey
Responsable de la Mission interministérielle pour la célébration du centenaire de la loi du 1er juillet 1901
La démographie associative se porte bien. Limage des associations est globalement bonne. Le défaut de démocratie interne, parfois prêté à la vie associative, nempêche pas la confiance. Les pouvoirs publics, enfin, sil leur arrive déprouver des poussées dallergie face à certaines revendications ou à la concurrence que les associations prétendent parfois leur porter, trouvent en général assez commode de faire appel à elles pour se doter dinterlocuteurs et relayer leur action. Nombre de citoyens, cependant, qui croient aux vertus associatives pour enrichir le lien social, ne sont pas « engagés » dans des associations tournées vers ces préoccupations, mais « affiliés » à des associations qui facilitent leur simple consommation : culturelle, sportive ou autre. Nul doute aussi que, sous la bannière 1901, ne sorganisent des activités que la loi na pas normalement vocation à abriter : des structures affairistes et des faux nez de ladministration brouillent incontestablement le paysage associatif. De cela, faut-il exagérément salarmer ? Non. Nombreuses sont les demeures dans la maison du père ! Mieux vaut laisser livraie pousser aux côtés du bon grain que faucher prématurément lun et lautre... Ce nest donc pas dans un tri en amont que réside lavenir de la vie associative ou sa régulation. Dailleurs, après les prises de position du Conseil constitutionnel et de la Cour européenne des droits de lhomme, il est techniquement à peu près impossible de chercher à filtrer a priori. Il faut, en revanche, clarifier le sort des divers types dassociations, et cela sur tous les terrains. Sur celui de la représentativité, on ne saurait enfermer lappréciation de la légitimité associative dans des règles caricaturales. Celle-ci nest pas le fruit que du nombre, mais aussi de linitiative, de lexpertise, de la sagesse... Sur le terrain de la fiscalité, sans céder sur le principe, il faut sortir dune vision trop naïve et réductrice de la notion de désintéressement. En ce qui concerne le droit de la concurrence, des solutions adéquates ne peuvent déjà plus être dégagées au seul niveau national ; et cest au plan européen quil faut les faire prévaloir. En admettant que le marché ne peut répondre à toutes les catégories de besoins, et quil faut dans certains cas en suspendre les règles. Mais lavenir de la vie associative se joue sur plusieurs autres domaines : la diversification du recrutement des militants et des cadres ; la capacité des pouvoirs publics à ne pas asservir les associations qui, compte tenu de la lourdeur de leurs tâches (prise en charge des personnes âgées dépendantes ou des malades mentaux, ou de certaines catégories de migrants...) sont dépendantes des ressources qui leur sont allouées. Aussi bien faut-il aider les citoyens de toutes les couches sociales à libérer du temps pour se former et se réunir, ainsi quà représenter leurs groupes organisés auprès des institutions. Il faut également assainir les conditions dallocation des ressources publiques (rythme dexamen des demandes et de versement des subventions...). On ne saurait, quoi quil en soit, parler de vie associative sans toujours avoir en tête ce qui distingue les grands mouvements traditionnels de la masse des petites associations émergentes et souvent éphémères, tous témoins de lénorme variété des enjeux et des styles. Toutes les associations nont pas les mêmes obligations, ni les pouvoirs publics les mêmes dettes à leur égard. Il faut trouver des réponses adaptées à chacune. Avec en tête cette idée clé : entre lexcès dordre et lexcès de désordres, que vivent les associations ! Pourvu quelles soient fidèles à elles-mêmes et quon ne les accule ni à des ralliements obscènes ni à des excès libertaires et inféconds.

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Quelles soient fidèles à elles-mêmes et quon ne les accule ni à des ralliements obscènes ni à des excès libertaires et inféconds
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