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"Les associations tissent la France"

La vigueur associative ne se dément pas
Centré d’abord, il y a un siècle, sur la défense d’intérêts communs, le monde associatif se tourne désormais vers l’accomplissement individuel

ouloir faire l’inventaire de toutes les associations régies par la loi de 1901 reviendrait à énumérer l’infinie variété des activités humaines », remarquait Marie-Thérèse Cheroutre dans un rapport remis en 1993 au Conseil économique et social. Si la loi reste inchangée, le paysage associatif s’est, lui, considérablement modifié au cours du siècle passé. Par phases successives, les associations ont en effet envahi tous les domaines de la vie sociale. Aux premiers développements, orientés vers les activités de service et les dispositifs d’assistance, a succédé après-guerre l’engouement pour les mouvements de jeunesse, d’éducation populaire ou de tourisme, ainsi que les associations familiales ou caritatives, d’inspiration religieuse ou laïque. À partir de la décennie 70, on constate l’arrivée en force des associations culturelles, de défense des minorités, de consommateurs et de protection de l’environnement. Le trait marquant des deux dernières décennies est un milieu associatif plus tourné vers l’accomplissement individuel que vers la défense des intérêts communs. Les associations de sport et de loisirs sont celles qui ont enregistré depuis la plus forte hausse. Près du tiers des Français sont membres d’une association tournée vers l’épanouissement personnel, alors que les associations dédiées à la défense d’une cause — comme les syndicats ou les organisations de défense des droits de l’homme —n’attirent que 13% de la population. «La tendance mise au jour, analysent dans une enquête du Crédoc (1) Georges Hatchel et Jean-Pierre Loisel, relève du désir de participer, sans pour autant militer. » Mais les associations les plus fréquentées ne sont pas forcément les plus plébiscitées. 90 % des personnes interrogées récemment par le CSA jugent parmi les plus indispensables les associations humanitaires ou intervenant dans la lutte contre la pauvreté, alors qu’elles ne sont guère plus de 8 % à y adhérer, contre 18 % pour les associations sportives. C’est également vers ce type d’associations que se tournent en priorité les donateurs, puisque 54 % des Français déclarent donner pour l’aide aux personnes défavorisées, et 35 % pour la solidarité internationale. Enfin, les sondages révèlent que les premiers mots attachés à la notion d’association sont ceux de bénévolat et de solidarité. La diversification du paysage associatif s’est accompagné de mutations dans le profil des affiliés : plus nombreux, ils sont également devenus plus représentatifs de la société dans son ensemble. Les jeunes, autrefois réticents à l’égard de la vie associative, hésitent moins à s’y engager. « L’expérience leur a montré l’intérêt qu’il y a à s’organiser en association, notamment pour se faire reconnaître par les pouvoirs publics », explique Édith Arnoult-Brill, secrétaire générale de la Fédération unie des auberges de jeunesse et présidente du Conseil national de la vie associative (CNVA), organisme consultatif placé auprès du premier ministre. À l’opposé, les « seniors » opèrent une montée en force dans tous les types d’associations, et en premier lieu culturelles et sportives. Dans une étude publiée en septembre 2000, l’Insee (2) décerne « la palme de la participation associative » aux personnes âgées de 60 ans et plus, dont la moitié adhère à une ou plusieurs associations, un taux de 10 points supérieur à la moyenne nationale. Ces dernières années, c’est d’ailleurs à cette croissance qu’est liée la montée globale du nombre d’affiliés aux associations. De même a-t-on assisté à un rééquilibrage entre hommes et femmes au sein des associations, puisque la proportion de femmes adhérentes a augmenté de huit points en vingt ans contre seulement trois points pour les hommes. Il reste que le paysage associatif est toujours majoritairement masculin — 47 % des hommes sont adhérents contre 39 % des femmes — et que ces dernières occupent toujours peu de postes à responsabilité. Avec la croissance des affiliés et les nouveaux terrains qui s’ouvrent à elles, c’est la nature même des structures associatives qui est plus éclatée que jamais. Parmi les quelque 200 associations qui se créent en moyenne tous les jours, se côtoient des structures très professionnalisées, qui gèrent des milliers d’établissements et emploient du personnel hautement qualifié, et d’autres constituées d’amateurs, qui ont pour point commun la passion pour un thème ou une activité. Édith Arnoult-Brill pointe la « diversité des acteurs du projet associatif aujourd’hui, qui fait se côtoyer bénévoles, salariés et un nouveau venu, l’usager, qui est devenu un acteur du projet associatif et non plus seulement le bénéficiaire ». La présidente du CNVA assigne aux associations un rôle de « têtes chercheuses». «Après des années de crise économique qui ont vu se multiplier les associations d’insertion sociale et professionnelle, la renaissance de la croissance amène le monde associatif à élargir son intervention vers de nouveaux horizons et de nouvelles activités », analyse-t-elle. Affranchies des contraintes commerciales et des lourdeurs administratives, les associations apparaissent comme le moyen le plus adéquat pour répondre rapidement aux nouveaux besoins.

Benoît de BESSES


(1) Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie : « La vie associative, participer mais pas militer. » (2) Institut national de la statistique et des études économiques : « L’engagement associatif après 60 ans. »





Sur Internet
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- www.1901.net : le moteur de recherche de la Ligue de l’enseignement. Toutes les associations peuvent y figurer.
- www.guide-association.com : tous les renseignements. Services gratuits (réglementation, tribunes libres, annonces) et payants (relais média, appel des cotisations ou à assemblée générale).
- www.loi1901.com : moteur de recherche associatif, dossiers thématiques et aide aux associations désireuses d’améliorer leur site Internet.







REPERES

> 730 000 associations actives en France
Le paysage associatif
On estime à 730 000 le nombre d’associations réellement actives en France sur les 1,5 million déclarées en préfecture. 60 000 à 70 000 associations sont déclarées chaque année, mais les disparitions ne sont pas signalées. Le nombre de créations annuelles n’a cessé de progresser : d’environ 10 000 dans les années 60, il est passé à 20 000 la décennie suivante, puis 35 000 dans les années 80, et le double aujourd’hui.

Les Français et les associations
40 % des Français sont membres d’au moins une association, et 20% de plusieurs. Si l’on inclut les participants occasionnels et les donateurs, 80% des Français sont concernés par la vie associative. Selon un sondage récemment réalisé par le CSA, le taux d’opinion favorable aux associations est de 95 % (contre 66 % pour les élus locaux ou 54 % pour le gouvernement). Un adhérent dépense en moyenne 330 F (50 E) par an pour la vie associative, et 2 000 F (307 E) pour les « membres impliqués », qui consacrent plus de cinq heures par mois à la vie associative. Les trois départements où l’on donne le plus sont les Hauts-de-Seine (34 % de foyers donateurs), Paris (33,5 %) et le Doubs (33 %). Ceux où l’on donne le moins sont l’Oise (19 %), la Seine-Saint-Denis (19,3 %) et l’Eure (19,5 %).

L’emploi associatif
150 000 associations sont des employeurs. Les salariés de ce secteur sont 1,3 million (1 million en équivalent temps plein), dont 70 % de femmes. La part de l’emploi associatif dans l’emploi total est de 5 %. Cet emploi associatif progresse de 4,5% en rythme annuel. Les 21 000 associations de plus de 10 salariés concentrent 80 % de l’emploi, tandis que 85 % des associations n’ont aucun salarié. 356 associations comptent plus de 200 salariés. Le travail bénévole équivaut, quant à lui, à 570 000 emplois, et concerne 7 à 9 millions de personnes.

Le financement
Le secteur associatif pèse 291 milliards de francs (45 milliards d’euros), soit 3,5% du PIB. Il faut y ajouter 74 milliards de francs (11,3 milliards d’euros) de «travail bénévole valorisé», c’est-à-dire l’estimation financière du travail bénévole non rémunéré. 58% du total des ressources financières est d’origine publique. Les dons privés contribuent pour 7% au financement des associations, et l’autofinancement (vente de services, cotisations, participation des usagers) pour 33%. 62% des associations ont un budget inférieur à
50 000 F (7 700 E), 32% un budget entre 50 000 et un million de francs (15 3800 E), 5% jusqu’à 5 millions de francs (770 000 E), et seulement 1% supérieur à 5 millions de francs.
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