bientôt en service

dossier (
"Les associations tissent la France"


Enfin, il faut assainir les relations avec les pouvoirs publics. Toutes les associations réclament une « vraie politique de reconnaissance ». Reconnaissance « de l’oeuvre accomplie depuis un siècle, qui a permis une véritable régulation sociale », souligne-t-on au Secours catholique. Mais aussi, reconnaissance d’un secteur d’activité qui, aujourd’hui, représente bon an mal an un million d’emplois équivalents temps plein. Or, les associations, dont les deux tiers environ dépendent des subventions publiques, ont souvent le sentiment d’être traitées avec négligence. « Les associations rament pour
50 000 ou 100 000 F ! On voit même des ministères venir auprès des fondations quémander des fonds pour financer un projet... C’est le monde à l’envers ! » témoigne un expert de la vie associative. Et même quand l’argent est prévu, il tarde à être versé : « Il n’est pourtant pas extravagant d’espérer qu’un jour une action réalisée au mois de juin soit financée juste avant et pas comme aujourd’hui, six mois plus tard », ironise l’avocat Thierry Guillois. De l’argent, plus et mieux. Mais pas seulement. Il va falloir aussi réfléchir au bénévolat et à la rémunération des dirigeants d’association. Pourquoi ? Parce qu’assumer bénévolement une présidence d’association n’est pas une sinécure. Frédéric Pascal, qui, il y a quelques années, a présidé Amnesty International, témoigne que «diriger une association pendant trois ou quatre ans c’est parfois la mort du petit cheval ». Si certains présidents parviennent à jongler entre activités associatives et obligations professionnelles, d’autres se débrouillent, plus ou moins « dans l’esprit de la loi 1901 ». Ici, le président est payé par l’association via une filiale, comme à Médecins sans frontières ; là, le président est mis à disposition par son entreprise.
« Ne pas autoriser la moindre rémunération, c’est courir le risque à terme de n’avoir plus que des présidents retraités ou rentiers, ou alors des présidents fantomatiques », estime Frédéric Pascal, qui plaide pour un statut proche de celui de société anonyme à directoire, avec des membres payés, et un conseil de surveillance composé de bénévoles.
Pourtant, 80 % des associations en France n’ont ni salariés ni gros budget, et n’attendent pas forcément grand-chose de la célébration du centenaire. C’est le cas de la lilliputienne « Lampe magique », une association qui propose des jouets et des spectacles aux enfants hospitalisés en région parisienne. Les trois jeunes bénévoles, qui se démènent toute l’année, n’ont qu’un voeu à formuler : « Qu’on mette le frein sur la législation galopante, parce qu’on n’a pas le temps d’éplucher tous les textes. »
En attendant, la Lampe magique continue de faire des miracles, avec 2 400 F (363,88 Euros) de subvention par an et quelques dons. Pour boucler les fins de mois, il faut mettre la main à la poche. Mais les trois joyeux Aladin ne renonceraient pour rien au monde à leur association. L’esprit de la loi de 1901 est bien dans cette lampe-là...

Florence COURET


(1) Associations. Dalloz Action 2000, 590 F (89,94 Euros).


Commentaire
Prix du centenaire
La loi de 1901 sur les associations souffle ses 100 bougies d’un élan vigoureux. La vitalité associative ne cesse de s’affirmer en France, même si elle reflète des réalités très diverses : cela va des grosses machineries aux budgets importants et aux actions déterminantes pour la société — on pense au Téléthon de l’Association française contre les myopathies, ainsi qu’aux grands organismes caritatifs qui, réunis dans le collectif « Alerte », ont largement contribué à l’élaboration de la loi contre les exclusions — aux petites initiatives, portées à bout de bras par quelques bénévoles acharnés. Tel est l’avantage de cette loi, d’ailleurs, au-delà des conditions de sa naissance (une liberté de s’associer qui s’accompagnait d’une volonté de contrer l’influence des congrégations religieuses) que d’être suffisamment vague pour abriter sous son aile tant de variété. Bien sûr, la richesse associative est parfois trompeuse. Bien sûr, le gros des troupes se recrute dans les clubs de sport et des organismes où il est plus question de développement personnel que de solidarité. Bien sûr, l’engagement des bénévoles est difficile à gérer dans la durée. Bien sûr, se posent les questions du financement, de la transparence de la gestion, du rapport entre bénévoles (qui ne riment pas forcément avec amateurs) et professionnels, des missions de plus en plus lourdes, notamment en direction des personnes exclues, que les administrations « délèguent » au mouvement associatif, etc. Le débat pourrait être vif en cette année de célébration.
La Croix, fidèle à sa volonté de mettre en valeur ces initiatives qui sont souvent la face claire d’une actualité obscure, ne pouvait quant à elle laisser passer l’occasion. Elle présentera, tout au long de ce premier semestre, 100 portraits d’associations oeuvrant dans dix domaines différents : santé-handicap, enfance, exclusions, sports et loisirs, culture, personnes âgées, éducation, environnement, développement international, droits de l’homme-citoyenneté. Petites structures, à petits moyens, implantées dans toutes les régions de France qui disent l’engagement des Français pour un monde meilleur. Vous, lecteurs, serez appelés à élire tous les quinze jours (sur les 10 présentées pour chaque thème) une association — 10 au total, donc — qu’un jury, réuni en juin prochain, départagera pour un grand prix 2001 des Associations. Nous comptons sur vous.

Dominique QUINIO

> Les grands domaines
Le sport
Avec 170 000 associations sportives, soit le quart du total, ce secteur est le plus riche de la vie associative nationale. 18 % des Français sont membres d’une ou plusieurs d’entre elles, soit le plus fort taux de tous les domaines de la vie associative. Ce taux élevé traduit une quête de développement individuel, qui a pris le pas sur la défense d’intérêt commun qui caractérisait autrefois la vie associative.

La culture et les loisirs
160 000 associations agissent dans les secteurs relevant de la culture, du tourisme et des loisirs. Elles sont les plus fréquentes à créer une activité commerciale, puisqu’environ la moitié des associations inscrites au fichier Sirene relèvent de ce domaine. Elles ne représentent toutefois que 11% de l’emploi salarié, mais 41% du bénévolat. 55 % des ressources de ce secteur proviennent de recettes privées, 4% de dons, et 41% de recettes publiques.

Le social et la santé
On dénombre 115 000 associations dans les secteurs de la santé et de l’action sociale. Avec 560 000 salariés, ces associations occupent plus de la moitié de l’emploi associatif global. Elles pèsent pour le quart des effectifs du domaine dans son ensemble et 20 % des bénévoles y interviennent. Les trois quarts des ressources sont d’origine publique (84 % pour la santé et 60 % pour les services sociaux, contre respectivement 8% et 35 % de recettes privées).

L'environnement
L’ampleur de ce domaine, bien dans l’air du temps, a été multiplié par trois en vingt ans : 65 000 associations ont pour objet l’habitat et l’environnement. 15 % des bénévoles interviennent dans ce secteur, qui ne totalise que 5 % de l’emploi salarié. 9% des Français disent agir dans une association de protection de l’environnement (sondage CSA). Leurs ressources proviennent essentiellement de recettes privées, les financements publics ne représentant chez elles qu’un tiers du budget.
Nous écrire : redaction@interassos.net
Contacts: publicité...publi-reportage... newsletter ...nos adresses


Copyright © 2000 Interassos.net - Tous droits réservés Tonga